Le 4eme fléau

La France, pays de l’émotionnel roi

 

 

Je suis en colère ! Et j’ai honte !

Il y a quatre ans déjà, j’écrivais ce petit article nommé :

 

La France, cette nation féminine

 

Je viens de le relire et je n’ai pas changé d’avis. Pire, même ! Je suis persuadé que “l’émotion” est un mal qui ronge insidieusement notre pays.

 

Alors, bien sûr les émotions sont naturelles; bien sûr, elles sont nécessaires. On peut même parler d’intelligence émotionnelle (mot très à la mode dans les années 2000 et tellement plus vendeur que le concept auquel il fait référence et qui s’appelle “le discernement”).

Sans émotions, point d’empathie, point de compassion, point de joie, de tristesse, etc. etc.

Bref, sans émotions, point d’êtres humains.

 

Le problème n’est pas l’émotion en elle-même, le problème est que l’émotion devient notre système de référence pour …

 

… se forger une conviction et prendre des décisions !

 

 

La triste vie de Blandine

 

 

Nous sommes vendredi 7 décembre 2018. Je monte dans ma voiture pour partir chez un client.

La radio est sur Europe 1, Nikos Aliagas est l’animateur du moment. Le sujet évoqué : Les gilets jaunes

Nikos nous apostrophe :

Je vous propose maintenant d’écouter le témoignage de Blandine.

Elle se lève tous les matins pour aller faire des ménages dans les bureaux d’entreprises situés dans une zone d’activité en périphérie de Rouen.

Blandine est une “gilet jaune” mobilisée sur un barrage filtrant d’un des ronds-points de la ville …

 

S’ensuit le témoignage d’une Blandine; elle pleure :

J’en peux plus ! Il faut que ça change ! On n’y arrive pas, même en bossant !!!

J’ai cinq enfants, mon mari est au chômage et je touche 700 € par mois ! Je n’ai même pas droit à la prime d’activité parce que mon mari touche déjà le chômage !!!

Nous, on touche trop pour être aidé et pas assez pour s’en sortir !

Alors, on est obligé de demander de l’aide (sous-entendu Resto du coeur et secours catholique, etc.) pour se nourrir et s’habiller.

Mon petit garçon vient de perdre une dent; la petite souris est passée; il est venu me rendre la pièce de 1 € en me disant “tiens, maman, garde la pièce pour t’acheter quelque chose pour toi”.

Blandine pleure plus fort

C’est pas normal ! À son âge, on ne devrait pas être confronté à ça, c’est dégueulasse !!!! La vie, c’est de la merde !

 

Et Nikos de renchérir :

Quand on entend ça, on comprend mieux les gilets jaunes

À cet instant, dans ma bagnole, je suis fou !!!!!!!!!

J’ai honte de ce pays, j’ai honte de ces animateurs pseudo-journalistes qui ne montrent les choses que sous un angle tout à fait subjectif.

J’ai honte de cet état de fait où politiques et informations ne sont basées que sur l’émotion. Décider en se basant sur l’émotion, faire le buzz en s’appuyant sur l’émotion, en s’abstenant volontairement d’évoquer les faits !

 

C’est comme cela que Trump a été élu, c’est comme cela que le Brexit a été voté, c’est comme cela que les extrêmes de tous bords et les nationalismes s’exacerbent et mènent à la guerre, aux dictatures et aux totalitarismes les plus inhumains.

 

 

La situation de Blandine dans les faits

 

Certes, je ne connais pas Blandine, … mais je l’ai bien écoutée !

Elle souffre vraiment et je la crois. Loin de moi l’idée de dire que ses larmes étaient des “larmes de crocodile”.

Mais reprenons quelques éléments de son témoignage …

• Elle s’exprime dans un français parfois “un peu limite” et fait des ménages dans les entreprises.

• Elle fait un temps partiel puisque sa rémunération (700 €) n’atteint pas le SMIC.

• Son mari est au chômage …

• Ils ont 5 enfants à charge

 

Par l’ensemble de ces éléments, je déduis que c’est une famille d’un niveau social modeste. Mais, …

• Les 5 enfants lui donnent droit à des allocations familiales d’un montant minimum de 632,15 € par mois. Pour peu que les plus grands aient 14 ans, il y a des majorations…

• Monsieur est au chômage. Il touche l’assurance chômage. Dans le cas le plus défavorable, le montant par jour est de 29,06 €, soit (29,06 € X 30 jours) un montant de 871,80 €.

• Vu le coefficient familial de ce ménage, il n’est pas soumis à l’impôt sur le revenu et va être exempté de taxe d’habitation. Les enfants seront probablement boursiers …

Donc, non cette famille de sept personnes ne vit pas avec 700 € par mois, mais au minimum 700 + 632 + 871 = 2 203 € !

C’est trois fois plus que ce qui est laissé entendre dans le reportage !!!

 

Est-ce suffisant pour une famille de 7 personnes ? Non, probablement pas. Oui, je veux bien croire que ce soit la galère tous les jours et que les fins de mois soient très difficiles …

 

Mais ce qui me fout hors de moi, c’est que lorsque dans un couple, aucun des deux n’a fait suffisamment d’études pour avoir un boulot correct et le salaire à peu près potable qui va avec, alors MERDE !!!!!!!!!!!! …

 

…     ON NE FAIT PAS CINQ ENFANTS  !!!!!!!!!!!!

 

 

 

Le syndrome du fumeur victime du tabac

 

Peut-être vous souvenez-vous des grands procès survenus aux US durant les années 90.

Des fumeurs qui développaient le cancer du poumon attaquaient en justice les cigarettiers au motif que la consommation de leurs produits donnait le cancer.

Bien que les cigarettiers ne soient pas exempts de torts (superbes pubs destinées à la jeunesse, saloperies en tout genre dans les clopes pour rendre accro, etc. etc.), c’est ce que j’appelle …

 

se moquer du monde !

 

Nous savons TOUS, je dis bien TOUS, que fumer n’est pas bon pour la santé et peut nous tuer à long terme.

 

He bien, dans le cas de Blandine, c’est pareil.

Nous savons TOUS, je dis bien TOUS, qu’avoir des enfants coûte cher.

He bien,  quand on ne gagne pas beaucoup d’argent, on n’a pas beaucoup d’enfants.

 

Il est facile de ne pas prendre ses responsabilités et d’accuser

Macron, le gouvernement ou le monde entier 20 ans plus tard !

 

 

 

Quel rapport avec mon blog sur le Lean

 

C’est simple. L’entreprise n’est pas un lieu qui serait à part, isolé du  reste de notre société.

L’entreprise est dans la société, mais la société est aussi dans l’entreprise.

En Lean, c’est pareil. L’orthodoxie parle des trois fléaux que sont le Muri, le Mura et le Muda.

He bien moi, je pense qu’il existe un 4ième qui est :

 

L’hyper prédominance de l’émotionnel sur le factuel

dans notre quotidien et dans nos décisions

 

Et c’est à mon humble avis, l’une des causes racines majeures de l’échec des démarches Lean au sein de nos entreprises.

Nota : Je vous invite à relire l’article, “Courage froid, courage chaud”, vous retrouverez un “courage chaud” nid des émotions et un “courage froid” s’appuyant sur les faits. D’après vous, que manque-t-il le plus dans nos entreprises actuelles ?

Nota 2 : Le remède à ce fléau ? Il est simple, il s’appelle PDCA … Je pense que très peu de monde en occident a vraiment conscience que la puissance du PDCA réside dans le fait qu’il nous protège de nous-mêmes (de nos émotions) et nous cadre, afin de prendre des décisions basées sur des faits.

 

 

Que faut-il retenir ?

 

En toute circonstance :

 

Gardons la tête froide

 

Prenons du recul et appuyons-nous sur les faits

 

Faisons preuve de discernement

 

 

Ceci dit, et je suis bien d’accord avec vous : “Plus facile à dire qu’à faire”    😉

 

 

 

 

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6 réponses à Le 4eme fléau

  1. Anne Geffroy dit :

    Pour résumé, un article de merde !
    avec un titre de merde !

    PS : je suis féministe et black belt
    et votre article me met vraiment en colère


    • Bonjour Anne,

      je vous remercie pour le temps que vous avez pris à lire l’article ainsi que pour le fait d’avoir laissé un commentaire.

      Rassurez-vous, je me doutais bien que mon article ferait réagir quelques personnes. C’est votre cas et je vous remercie pour votre franchise.

      Vous avez bien entendu le droit de penser que mon article est de “la merde”. Je respecte cela. Vous avez aussi le droit de le dire. Nous sommes en démocratie
      et je respecte cela aussi.

      Par contre, me dire que c’est de la “merde” n’est que l’expression pure de votre jugement personnel, de votre colère et donc de vos émotions.
      Si vous nous expliquiez, pourquoi factuellement, mon article est de “la merde”, peut-être votre point de vue nous intéresserait-il (moi le premier).

      Par contre, Anne, puisque vous paraissez ouverte à la discussion 😉 (ce qui est assez rare chez beaucoup de féministes, je dois l’avouer), je me permettrai quelques remarques.

      1) La politesse est un élément fondamental de tout échange. Un “bonjour” en début de message aurait été de bon augure…

      2) Vous déclarez être féministe. Soit. Quel rapport avec l’article ?
      Si le témoin s’était appelé “Martin” au lieu de “Blandine” et que ce soit sa femme qui soit au chômage, l’article vous aurait-il paru plus politiquement correct ?
      Par ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que le mouvement féministe a porté beaucoup d’évolutions et a largement participé à la modernisation de notre société.
      Par exemple, la possibilité pour chaque femme de pouvoir bénéficier librement d’une contraception (y compris le droit à l’ivg, merci Mme Veil)… et donc ainsi, de pouvoir
      maitriser la natalité. Ce n’était pas le cas il y a encore quelques décennies (début des années 60). Aujourd’hui, ça l’est!
      Blandine peut avoir des convictions religieuses lui “interdisant” la contraception, il a pu y avoir un “accident de parcours” aboutissant à une naissance … mais
      cinq enfants … ne me dites pas qu’ils n’ont pas été voulus…

      3) Vous nous dites enfin que vous êtes Black Belt. Là encore, je ne vois pas trop le lien avec le contenu de l’article.
      Peut-être vouliez-vous dire que le fait d’être Black Belt vous apporte une légitimité pour traiter mon article de “merde” ?
      Je vous pose alors la question : Pourquoi mon article vous pose-t-il problème ?
      Si vous ne le savez pas, peut-être devriez-vous vous lancer dans un DMAIC ?
      Ah oui, j’oubliais, j’ai supposé que vous étiez Black Belt Six Sigma, et dans ce cas le DMAIC vous parle, parce que Black Belt Lean, cela ne veut rien dire …

      Anne, je vous souhaite une belle journée.

      Bien cordialement,

      Eric Calmettes

  2. Christophe dit :

    Salut Eric,
    J’ai écouté la même radio au même moment. Et je me suis fait les mêmes réflexions que toi. Situation bien triste, conséquente à un manque de maturité, à une incapacité à prendre des décisions difficiles et réfléchies.
    Au fait, je suis de retour dans notre belle région.
    À+
    Christophe


    • Bonjour Christophe,

      je te remercie pour avoir lu l’article et avoir posté un commentaire.

      Je me demande parfois si je suis le seul à penser comme ça et ton commentaire (comme d’autres depuis quelques jours) me rassure…

      J’essaie de te joindre pour discuter de ton retour dans le coin 🙂

      A bientôt,

      Eric

  3. Agnès dit :

    Bonjour Eric,
    Il est certain que nous avons tendance à sélectionner les informations conformes à notre point de vue. D’où la citation de chiffres collant avec la colère de la dame.
    Concernant la prise de décision des personnes en état de précarité, je vous recommande un article de « Cerveau & psycho » (oct 2018, page 95) qui expose que l’incapacité d’envisager l’avenir n’est pas forcément dû à un manque de volonté. La pauvreté elle-même altérerait les prises de décision à long terme.
    Très cordialement,
    Agnès


    • Bonjour Agnès,

      quel plaisir de lire votre commentaire. Je vous remercie.

      Je trouve très intéressant cet argument qui dit que la précarité altèrerait les prises de décisions à long terme.
      Je ne connaissais pas “Cerveau&Psycho”. Je suis allé voir leur site et ce magazine à l’air instructif.
      D’ailleurs, le dossier de ce mois sur les pouvoirs de la respiration à l’air “canon” …

      Par contre, je pense que c’est l’évolution de notre société depuis quarante ans qui fausse le jeu. En effet, depuis
      la fin des trente glorieuses, la société se tourne vers un assistanat des minorités et des plus démunis.

      L’idée de tendre la main à quelqu’un dans la galère à l’instant t me paraît plutôt saine. Le problème, c’est que cette main tendue
      s’est transformée en droit et donc en assistanat.

      Au fil, du temps on s’habitue. Au point de trouver le coup de main normal et de finir par estimer qu’il nous est dû.

      Un jour, j’ai entendu à la radio un député PS à la retraite s’exprimer au sujet du RMI. Il disait à peu près ceci :
      “Nous étions sincères à la fin des années 80 lorsque nous avons voté la loi sur le RMI. Il s’agissait d’un dispositif
      temporaire afin d’aider les personnes en situation précaire à se réinsérer et retrouver un travail.
      Le problème, c’est que nous ne sommes pas allés au bout des choses, avec un réel accompagnement de ces personnes et le
      RMI s’est peu à peu transformé en une allocation financière … bien loin de l’idée de départ”.

      C’est en fait tout un faisceau d’actions, de non-actions, de façon de penser et de voir les choses qui conduisent à cet
      assistanat généralisé dont le premier des effets est la déresponsabilisation.

      Bien entendu, ce que je vais dire est un peu caricatural, mais pour ma part, si je n’ai pas d’argent pour m’acheter une voiture,
      je roule à vélo, si je n’ai pas d’argent pour me payer le dernier smartphone, j’ai un téléphone un peu pourri avec des cartes prépayées
      pour maitriser ma consommation, si je n’ai pas d’argent pour remplir mon caddy les yeux fermés, je vais chez Leader Price, Lidl et Neto
      et compte mes dépenses, etc., etc.

      Et surtout, je ne fais pas cinq enfants, si je ne suis pas certain de pouvoir les nourrir et les éduquer dignement …

      Bien que l’argument de “Cerveau & psycho” soit très intéressant, je trouve qu’il est bien plus facile de trouver des excuses aux
      personnes en leur disant “Ce n’est pas votre faute !”.

      Pour l’avoir vécu ou vu plusieurs fois dans ma vie, je peux vous dire que le jour où une “victime” à un pouvoir, c’est la première à ne plus avoir d’empathie.

      Non, les “Blandines” ne m’attendrissent plus …

      Encore merci pour votre intervention.

      Bien cordialement,

      Eric

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