SMED et production à la commande

Non il n’y a pas d’antagonisme

 

 

 

Vous êtes tous des pros du SMED, n’est-ce pas ?

 

Ce n’est pas encore le cas ?!

 

Dans ce cas, n’hésitez pas à lire…

 

ce super article sur le SMED !!!

 

 

Mais puisque vous êtes des pros du SMED, vous savez bien que le but premier de cette méthode est de permettre la réduction de la taille des lots.

Contrairement à une idée très répandue et même enseignée (si,si 🙁 ), le SMED n’a pas pour but de faire gagner en productivité en “remplaçant” des heures utilisées par le réglage pour en faire des heures de production.

Certes, cet aspect existe, mais il n’est que “la cerise sur le gâteau” !

 

Tout cela est connu … alors pourquoi ce nouvel article sur le SMED ?

Tout simplement pour répondre à la question qui m’a été posée, “la question qui tue” !

 

 

La question qui tue

 

Il y a quelques semaines, j’évoquais les chantiers SMED réalisés dans une PME du nord de la France. Cette PME est une entreprise de sous-traitance et, à ce titre, travaille à la commande.

 

Soudain, mon interlocuteur qui connaît bien et le Lean et la boite en question me demande :

 

Mais au fait, Eric, chez eux …  ça sert à quoi de faire du SMED ?

 

Cette question “m’a tué”, parce qu’elle m’a surprise ! Je ne me l’étais jamais posée, tant cela me semblait évident. Et pourtant, mon interlocuteur, fin connaisseur du Lean et du SMED, me la posait, lui.

Nous pouvons tous lui dire merci, car cela m’a fait réfléchir … et a donné naissance à cet article.

 

 

Creusons un peu

 

Un peu décontenancé par sa question, je lui demande simplement “À quoi tu penses ? Pourquoi me poses-tu cette question ?”.

J’avais besoin de saisir le fil de sa pensée … car il se posait une question que je ne m’étais pas posée. Ma curiosité était donc piquée au vif.

De plus, si lui se la posait, alors peut-être d’autres se la posent aussi

 

Et puis, … sait-on jamais, … c’est en confrontant les idées des autres à nos certitudes et nos évidences que bien souvent l’on progresse.

Moi le premier …; j’avais donc peut-être quelque chose à en tirer, quelque chose à apprendre.

Le poète Nicolas Boileau ne disait-il pas dans son poème “Il est certains esprits …” :

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

 

À mes questions, il répond : “Eh bien Eric, le SMED, c’est fait pour réduire la taille de lots, mais cette entreprise ne travaille pas par lot, elle travaille à la commande !

Sous entendu : “Puisqu’elle travaille à la commande, elle n’a pas d’autre choix que de produire la quantité commandée par le client, que celle-ci soit énorme ou très petite”

En d’autres termes : “Quel que soit le temps de réglage (changement de série), si le client commande un million de pièces ou dix pièces, elle n’a pas le choix, elle doit faire sa commande. Il n’est plus ici question de taille de lots, alors dans ce contexte …

 

à quoi te sert-il de faire du SMED ??!!

 

 

Toyota VS la PME de sous-traitance

 

Toyota crée des voitures. Ce sont ses produits. En fonction de la demande client, Toyota va essayer de lisser et mixer sa production pour fabriquer “un peu de tout, tous les jours”. Aussi, plus la taille du lot de fabrication est importante, moins Toyota est capable de mixer ses produits sur la ligne de montage.

Ce mixage, participe au lissage; le lissage participe à la stabilité du flux; la stabilité du flux favorise le Kaizen des processus.

Le SMED prend alors toute sont importance pour réduire la taille des lots … et donc faciliter le mixage … et donc le lissage, la stabilité et le Kaizen.

 

En revanche dans une PME qui fait de la sous-traitance, qui travaille à la commande (avec des périodes chargées et des périodes creuses), à quoi cela peut-il bien servir de faire du SMED ?

En effet, dans ces PME, si une grosse commande arrive (un million de pièces à produire), on va dédier une machine “jour et nuit” pour (pardonnez-moi l’expression) “pisser de la pièce”.

Mais les grosses commandes sont des cas particuliers; elles ne sont pas légion. Au contraire, bien souvent la PME de sous-traitance vit sur les petites commandes, “celles qui n’intéressent pas les gros”. Elle peut d’ailleurs en vivre très bien.

Il n’est donc pas rare d’avoir une situation dans laquelle le temps de réglage / changement de série est bien supérieur au temps de réalisation de la commande. Par exemple, un responsable de production me disait qu’il avait régulièrement des petites séries produites en 3 heures avec 2h30 de réglage et 30 minutes de production.

Vous imaginez ?!!! Sur une journée de 9 heures, la machine produit pendant 1h30 et est en réglage pendant 7h30. C’est de la folie non ?

Pourtant c’est la réalité.

 

Vous vous dites sûrement que dans une PME de sous-traitance, …

éh bien ma foi le SMED est une méthode qui permet de gagner en productivité

 

Oui, mais en fait NON, toujours PAS !

Oui, mais NAN !

 

 

Pourquoi “toujours PAS” ?

 

La réponse est en fait assez simple. Dans la PME, tout le monde a bien conscience que passer cinq fois plus de temps à régler une machine qu’à produire des pièces est une aberration industrielle.

Aussi pour limiter l’impact du temps de réglage, le responsable de production va chercher à regrouper des commandes.

Si un client demande plusieurs cadences (12 000 pces /an, livraison 1 000 /mois), il va regrouper entre 4 et 6 commandes pour ne faire que 2 à 3 réglages par an … au lieu de 12, un chaque mois.

Dans la même idée, il va essayer de regrouper les commandes utilisant le même outillage, mais de réglage différent. Ainsi, il n’y a pas besoin de tout démonter et remonter. L’outillage est déjà en place et seul un réglage est nécessaire pour passer à la nouvelle commande.

 

Bref dans les deux cas, des regroupements de commandes sont faits et qui dit regroupement dit, …

 

lots et files d’attente … et bien souvent dit Surproduction
(le pire des 7 Mudas)

La SURPRODUCTION
So Sexy, mais c’est le diable !!!

 

Un autre avantage de réduire le temps de réglage est une meilleure utilisation de la ressource humaine qu’est le régleur. Un bon régleur est une denrée rare, car il doit en général bien connaitre les machines. Avec un réglage à 2h30, sur sa journée le régleur ne peut faire que 2 réglages complets. Si le temps de réglage est réduit à une heure, sur sa journée il peut alors faire 7 réglages.

La conséquence très pratique est que l’entreprise n’a plus besoin de “multiplier” les régleurs avec parfois des réglages approximatifs entrainant des défauts qualité et des pertes de temps, de matière et des casses d’outils.

 

Un avantage supplémentaire à la diminution des temps de réglage est la flexibilité due à la réactivité. En effet, une PME qui travaille à la commande a toujours à gérer un flot plus ou moins important de commandes urgentes. J’entends par commandes urgentes des commandes “qui tombent aujourd’hui et à livrer pour hier”.

La PME aura tout intérêt à pouvoir satisfaire au maximum ces besoins urgents. Ne serait-ce que pour capter de nouveaux clients qui seront reconnaissants de les avoir dépannés sur le fil du rasoir lorsqu’ils étaient dans la galère.

Pour cela, il faut pouvoir réagir vite; avoir de la souplesse et de la flexibilité.

Aussi, si plus vos temps de réglage seront faibles, plus il sera possible de “glisser” une commande urgente dans un trou du planning (un planning a toujours de trous).

De même, plus vos temps de réglages sont faibles, plus il sera facile de prendre la décision de faire un partiel de commande pour dépanner le client, quitte à faire un second réglage plus tard pour terminer la commande. Et ça, si vous savez le faire, croyez-moi, les clients vous en seront reconnaissants (vraie Valeur Ajoutée de service et avantage concurrentiel).

 

 

Ce qu’il faut retenir

 

Grosso modo, que ce soit chez TOYOTA ou dans la PME de sous-traitance qui travaille à la commande, le SMED …

 

va servir à peu près à la même chose !

 

• Chez TOYOTA, cela va permettre de réduire la taille de lots.
Dans la PME qui travaille à la commande, cela va permettre d’éviter d’avoir besoin de faire des lots en regroupant les commandes (et donc de faire de la surproduction, de générer des attentes, des retards et … d’augmenter le BFR)

• Chez TOYOTA, des petits lots sont synonymes d’un bon lissage, donc d’un bon “remplissage du planning” et d’une quantité de travail stable et régulière.
Dans la PME, c’est un peu la même chose, mais c’est surtout la capacité de s’adapter à la demande qui sera intéressante. En effet, cela permet de modifier plus facilement et rapidement le planning pour l’adapter presque “au jour le jour”.

• Dans une PME qui peine souvent à recruter, les bons régleurs sont rares. Aussi, le fait de pouvoir les utiliser sur un maximum de réglages est une garantie de qualité de réglages et d’économies de toutes sortes. C’est aussi participer à de meilleures conditions de travail pour les régleurs et un moyen de les faire grandir en pratiquant la méthode SMED. Et si les régleur, personnes ô combien importantes, bossent dans de bonnes conditions, il est probable qu’ils restent plus longtemps dans l’entreprise …

• Enfin, il est vrai que dans une PME ayant de nombreuses petites commandes, la réduction du temps de réglage va entrainer un gain de temps de production non négligeable. Nous sommes ici dans ce que j’appelle “la cerise sur le gâteau du SMED”. À y réfléchir, je pense que cette “cerise” est plus importante dans une PME qui travaille à la commande que chez TOYOTA (où ce gain de productivité reste assez anecdotique par rapport à tout le bénéfice qu’apporte la réduction de la taille des lots).

 

 

 

 

 

Et vous, que pensez-vous de l’utilité du SMED dans une PME qui travaille à la commande ?

 

 

 

 

 

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6 réponses à SMED et production à la commande

  1. gyselinck dit :

    Salut Eric,

    Merci pour ton article 😊

    A la question de l’intérêt pour la pme je me suis posé la question en live et j’aurais répondu la flexibilité 😅 mais sans réfléchir plus loin en fait (bon je viens essentielllement de la pme donc c’est logique que ça me paraît logique et que ça me vienne « spontanément »).

    Je voulais profiter de cet article pour te remercier pour nous faire partager tes expériences et tes questionnements; car dans tes articles, à pousser la réflexion comme tu le fais, j’y trouve très souvent un cheminement ou une idée qui pousse à m’interroger sur ce que je sais et que je crois savoir et donc crois évident.

    Et finalement, c’est aussi ça qui est intéressant nan? 😁

    A+

    Fred


    • Salut l’ami,

      je te remercie d’avoir pris le temps de lire l’article … quand on connaît la montagne de travail à laquelle tu fais face, c’est sympa.
      Merci aussi pour ton retour.

      Comme toi, je suis parfois désarçonné par certaines questions. Ce qui me fait dire que même un « néophyte Lean » peut m’apprendre des choses. Tout simplement en titillant mes « certitudes » en me posant une question qui tue.

      C’est la stimulation des réflexions qui est intéressante. C’est aussi ça l’apprentissage … enfin, je pense.

      A+, Fred.

      Eric

  2. Bruno Thomas dit :

    Désolé d’être pointilleux sur la forme, mais pourquoi est-ce une femme sexy et pas un homme sur l’illustration de la surproduction ? D’autant plus que lorsqu’on fait un lien sur l’article sur FB ou TWT allez savoir pourquoi, c’est la photo de la fille qui est prise.


    • Bonjour Bruno,

      permettez-moi de vous remercier d’avoir lu l’article ainsi que d’avoir pris le temps de laisser un petit commentaire.

      Je ne sais pas si vous êtes pointilleux, mais vous êtes dans l’air du temps.

      Alors pourquoi une femme sexy ? Pour trois raisons, en fait.

      1) Je respecte la logique du genre. En effet, « Suproduction » est un nom féminin. « LA surproduction est séduisantE » et non « LE surproduction est séduisanT ».

      2) Etant un homme et étant hétéro, l’image de la tentation est plus représentée par une femme sexy qu’un beau male bodybuildé de boys band. J’aurais pu mettre Adam croquant
      dans la pomme … mais c’est moins sexy.

      3) De par mon tempérament et mon métier, j’essaie souvent de provoquer pour faire réagir. Par ailleurs, certainement de par mon « grand âge », le politiquement correct m’emmerde.
      J’ai encore souvenir des émissions de Michel Polack dans les années 80 et de certaines couvertures de Harakiri (très souvent de mauvais goût) et d’une époque ou l’on pouvait
      boire et fumer dans les films (Lucky Luke avait encore sa clope au bec). Aussi, je profite de cet espace de liberté que sont les articles de ce blog pour adopter un ton un peu
      déconneur, grivois et provocateur. Je sais que cela ne plait pas à tout le monde. Mais j’ai beaucoup, beaucoup plus de merci que de critiques sur la forme … alors quelques nénettes sexy en petite tenue de temps en temps … ouaip, ça m’amuse, ouaip, j’aime bien ça et j’assume.

      En revanche pourquoi Facebook et Twitter mettent cette photo en premier … c’est sûrement parce que je viens de les racheter la semaine dernière !!! 😉

      Plus sérieusement, vous l’avez compris, ce sont là des choses qui me dépassent …

      Maintenant, Bruno, si vous souhaitez parler de Lean, je suis « tout ouïe ».

      Bien cordialement,

      Eric

      • Bruno Thomas dit :

        Bonjour,

        Puisque vous voulez parler Lean : au lean IT summit 2017 (https://www.lean-digital-summit.com/lean-it-speakers-2017) il y a eu deux key notes par Daniel Jones, et Mike Orzen (co auteur de « Enabling and
        Sustaining Your Lean Enterprise »).

        Le lean repose sur deux piliers : Toyota Production System, et Respect For People. Daniel Jones nous a dit « Most important : people first ». Mike Orzen après avoir rappelé ces deux piliers nous a dit qu’il avait découvert au fil du temps que le Respect For People était « the real point », le TPS (je raccourcis) étant des outils d’amélioration continue
        (A3, PDCA, Value Stream Mapping, …) dont pourrait faire partie le SMED. Il a ajouté « it’s all about empathy ».

        Votre illustration, par son manque de respect et d’empathie envers une bonne partie de vos lecteurs (les femmes, et les autres, sensibles à l’inégalité homme-femme dans l’entreprise et ailleurs), met en déséquilibre l’article _d’un point de vue lean_ .


        • Bonjour Bruno,

          je vous remercie pour votre nouveau commentaire ainsi que pour nos échanges par email.

          Je ne connaissais pas Mike Orzen, aussi vais je jeter un coup d’œil pour savoir
          qui est-ce et si le bouquin dont il est l’auteur est intéressant à lire (forcément, il sera
          intéressant, mais j’ai déjà encore tellement de livres à lire et relire …).

          M. Orzen dit  » It’s all about empathy ».
          Le héros du livre « The Gold Mine » de Michael et Freddy Ballé ne disait pas autre chose en
          répétant « It’s all about people ».

          Et je suis bien d’accord …

          Après, concernant mon « manque de respect et d’empathie » envers la gent féminine parce que
          j’utilise une photo de fille sexy (représentation ô combien stéréotypée de la femme objet,
          je le reconnais), je pense que votre réaction est exagérée et disproportionnée.

          Et ce, d’autant que je vous ai expliqué que je ne vais pas mettre une photo de Chippendale pour
          illustrer LA surproduction (nom féminin dans le dico)…

          Ces propos n’engagent que vous, et c’est votre droit le plus strict de les exprimer.
          La liberté d’expression sert à cela.

          Cordialement,

          Eric Calmettes

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