SMED : Le principe (1/4)

Changer de série rapidement, OK, mais pour quoi faire ?

 

passage relais

 

On vous le dit et vous le répète. Tout le monde en est convaincu.

 

Il est nécessaire que le temps de changement de série soit le plus court possible !

 

Mais au fait, pourquoi ?

Ben tiens, c’est évident !

Une heure que je ne passe pas à “Régler” est une heure que je peux utiliser à “Produire” !

 

FAUX !

 

Ce n’est absolument pas la raison première du SMED (changement rapide de série) !

 

Or c’est une croyance répandue et, malheureusement, parfois même promue par certains de mes collègues consultants.

Si vous pensez que le SMED vous fera gagner en productivité en vous faisant gagner quelques heures de production en plus dans la semaine, alors vous êtes complètement “à côté de la plaque”… et cet article est fait pour vous ! 😉

 

Revenons à la source

 

 

Qui dit changement de série, dit “Série”. Qui dit série, dit “Lot”.

 

Pourquoi travaille-t-on par lot ?

 

He bien ce n’est que pour une seule et même raison. Toujours !

Nous travaillons par lot …

pour limiter l’impact financier du réglage

sur le coût unitaire de la pièce

 

Oh je vous entends d’ici ! Vous allez me dire “ Oui, mais moi je ne règle pas, j‘achète des lots … et plus ils sont gros, plus mon prix unitaire est bas !”

C’est du pareil au même ! C’est votre fournisseur qui fait le réglage, et pour diminuer l’impact financier de son réglage sur son prix de revient réel unitaire, il vous incite à commander un lot en baissant son prix unitaire de vente.

Par ailleurs, même si le prix unitaire de vente ne change pas, vous allez commander par lot pour limiter l’impact de “ votre coût de commande” (le coût de lancement) sur le coût unitaire de la pièce.

Formule de Wilson

Souvenez-vous de la fameuse formule de Wilson.

Elle permet de calculer un compromis entre coût de stockage et coût de lancement

Elle est logique et pertinente … sous certaines conditions (Coût de stockage linéaire proportionnel à la quantité, coût de lancement clairement calculé, et surtout, consommation régulière).

Or ces conditions ne sont plus réunies aujourd’hui … mais l’ont-elles été un jour ???

La formule de Wilson est un pur produit du Taylorisme/Fordisme. La grande époque de la production de masse et du “lot Roi

 

La preuve simple par les chiffres

 

Je fabrique une pièce. Pour faire simple, le coût matière = 1 €, et la minute de main d’œuvre = 1 €.

J’ai besoin de régler la machine sur laquelle la pièce est produite et le temps de réglage = 60 minutes (soit un coût main d’œuvre de 60 €)

  • Si je produis une pièce ( lot= 1) :
    Coût du lot = 60 € (réglage) + 1 € (fabrication) + 1 € (matière) = 62 €
    Coût unitaire = 62 / 1 = 62 €
    Impact financier du réglage : 60 / 62 = 97 % du coût unitaire de la pièce
  • Si je produis dix pièces ( lot= 10) :
    Coût du lot = 60 € (réglage) + 10 € (fabrication) + 10 € (matière) = 80 €
    Coût unitaire = 80 / 10 = 8 €
    Impact financier du réglage : 60 / 80 = 75 % du coût unitaire de la pièce
    Gain sur lot de 1 : (62 – 8)/ 62 = 87 %
  • Si je produis cent pièces ( lot= 100) :
    Coût du lot = 60 € (réglage) + 100 € (fabrication) + 100 € (matière) = 260 €
    Coût unitaire = 260 / 100 = 2,60 €
    Impact financier du réglage : 60 / 260 = 23 % du coût unitaire de la pièce
    Gain / lot de 1 : (62 – 2,60)/ 62 = 96 %, Gain / lot de 10 : (8 – 2,60)/ 8 = 67 %
  • Si je produis mille pièces ( lot= 1 000) :
    Coût du lot = 60 € (réglage) + 1 000 € (fabrication) + 1 000 € (matière) = 2 060 €
    Coût unitaire = 2 060 / 1000 = 2,06 €
    Impact financier du réglage : 60 / 2 060 = 3 % du coût unitaire de la pièce
    Gain / lot de 1 : (62 – 2,06)/ 62 = 97 %, Gain / lot de 100 : (2,6 – 2,06)/ 2,6 = 21 %
  • Si je produis dix mille pièces ( lot= 10 000) :
    Coût du lot = 60 € (réglage) + 10 000 € (fabrication) + 10 000 € (matière) = 20 060 €
    Coût unitaire = 20 060 / 10 000 = 2,006 €
    Impact financier du réglage : 60 / 20 060 = 0,3 % du coût unitaire de la pièce
    Gain / lot de 1 : (62 – 2,006)/ 62 = 97 %, Gain / lot de 1000 : (2,06 – 2,006)/ 2,06 = 2,6 %

 

Que voit-on ?

 

On constate plusieurs phénomènes :

  • Le coût de revient unitaire de mes pièces diminue très rapidement lorsque je passe d’un lot = 1 (62 € la pièce) à un lot = 10 (2,60 € la pièce).
    En revanche, lorsque le lot continue à augmenter, la diminution ralentit. Cela vient simplement du fait que le coût initial de réglage devient négligeable au regard du coût matière et du coût de fabrication.
  • Si mon prix de vente unitaire est de 3 €, je ne commence à gagner de l’argent qu’à partir du moment où je produis par lot de 100. Avant, cas du lot = 1 et du lot = 10, je perds du fric.
    Si je produis par 100 ma marge est de (3 – 2,6)/3 = 13 %
    Si je produis par 1000, ma marge passe à 31 %.
    Mais si je produis par 10 000, ma marge n’augmente que de 2 petits % supplémentaires.

 

En bon chef d’entreprise, je ne “crache pas” sur 2 % de marge supplémentaire. Mais pour cela, je dois passer d’un lot de 1000 à un lot de 10 000.

Or 2 % de marge en plus, c’est aussi 10 fois plus d’emmerdes. En effet, il va falloir :

  • Trouver de la place pour stocker ces 9000 pièces en attendant de les vendre (si je les vends !)
  • Trouver des caristes et des chariots/transpalettes pour manipuler et “trimballer” ces pièces
  • Passer chez mon banquier pour lui expliquer que mon BFR (Besoin en Fonds de Roulement) augmente et qu’il doit me prêter (à quel taux ???) davantage d’argent pour acheter 10 fois plus de matière, la transformer et la stocker en attente d’une vente.
  • Lorsque je lance un lot de 10 000, cela va monopoliser ma machine (voire machine + ouvrier) 10 fois plus longtemps qu’avec un lot de 1000. Je risque donc d’y perdre en réactivité et de ne pas pouvoir “capter” certains clients ou marchés.
  • Etc., etc., etc.

 

C’est donc décidé, je produis mes pièces par lot de 1000 !

 

Et c’est ainsi que nos entreprises fonctionnent depuis le début de l’ère industrielle …

 

 

Vous voulez en savoir plus ?

 

Patientez un peu 😉 , mes trois prochains articles seront :

 

SMED 2/4 : Le principe (suite et fin du principe fondateur du SMED)

SMED 3/4 : La méthode (L’histoire et la méthode SMED dans les grandes lignes)

SMED 4/4 : Un exemple de terrain (Retour d’expérience d’un chantier SMED récent)

 

 

 

 

Un avis, une question, … laissez-moi un commentaire au bas de cette page. Merci

 

Animation pouce

 

 

 

 

 

 

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7 réponses à SMED : Le principe (1/4)

  1. emmanuel dit :

    SMED = baisse du besoin en fond de roulement.

    Mort de l’entreprise = trésorerie à sec
    Infarctus du chef d’entreprise = trésorerie à sec


    • Salut Emmanuel,

      je te remercie pour ton commentaire.

      Je vois que toi aussi tu aimes les équations. “SMED = baisse du BFR”, et donc libération de cash immobilisé dans l’entreprise (et donc de la tréso).

      En revanche j’aurais tourné tes deux autres équations de la façon suivante :
      “Trésorerie à sec = Mort de l’entreprise & trésorerie à sec = Infarctus du chef d’entreprise”

      Sinon on peut comprendre l’inverse … et les lecteurs du blog ne vont plus y retrouver leur Lean Latin 😉

      A+,

      Eric

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  5. santy dit :

    salut, est ce qu’on peut utiliser le smed pour un réglage qui après amélioration dépasse 10minutes?


    • Bonjour « Santy »,

      je vous remercie pour votre commentaire en forme de question… même si je ne suis pas certain de l’avoir bien compris.

      Le SMED est une méthode de réduction des temps de changement de série (souvent appelés, réglages).
      Si vous suivez l’orthodoxie du SMED, vous n’avez vraiment fait un chantier SMED que lorsque votre changement de série dure moins de 10 Minutes.
      Toutefois, pour parvenir à ce résultat, certains investissements peuvent être très lourds, et donc incompatibles avec le contexte de l’entreprise.

      Il faut faire preuve de discernement.

      Par exemple, une PME qui se lance dans un chantier SMED et parvient à réduire son temps de changement de série de 2h à 30 minutes avec un investissement de 5 000 €, sera très heureuse. Pourtant elle n’a pas fait un vrai chantier SMED.

      Si pour atteindre les “moins de 10 minutes”, il lui faut investir 300 000 € en matériels spécifiques, cela ne vaudra pas le coup, elle ne le fera pas et aura raison de ne pas le faire.

      Personnellement, je me moque d’atteindre les moins de 10 minutes… Ce qui compte, c’est létat d’esprit et obtenir des résultats visibles (au moins 50%).

      Par contre, si vous avez déjà amélioré le temps de changement de série d’un poste, que celui-ci est par exemple de 15 minutes, alors l’application de la méthode SMED peut probablement vous servir pour descendre sous la barre des 10 minutes. Mais lors de l’amélioration, peut-être avez-vous appliqué quelques principes du SMED sans le savoir ?

      Tout ce qui pourra faire tendre votre durée de changement de série vers zéro est bon à essayer.

      J’espère avoir quand même un peu répondu à votre question.

      Bien cordialement,

      Eric

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