Time is Money, Kaizen aussi

Si Benjamin Franklin avait connu le Lean …

 

Time is money

 

 

… il aurait probablement dit :

 

“Kaizen is Money”

 

 

 

Pourtant, sans le savoir, il avait déjà un esprit orienté Lean.

En effet, perdre son temps, gâcher son temps, c’est ne pas créer de richesse et donc en quelque sorte …

… c’est perdre l’argent que l’on aurait pu gagner !

 

Mais avant tout, what is Kaizen ?

 

kaizen

Hou là ! Gros défi de définir ce qu’est Kaizen !

Essayons de faire simple :

Le Kaizen est le changement par “petits pas”.

Prenez le mot changement dans le sens “changer pour mieux”, s’améliorer.

Je n’irai pas plus loin dans l’explication du Kaizen, car de “grands messieurs du Lean” l’ont fait bien mieux que moi.

Je ne peux que vous inciter à lire le livre de M. Massaki IMAI, qui n’est autre que le fondateur du fameux Kaizen Institute.

Son livre s’intitule GEMBA KAIZEN (à lire en anglais, mais prochainement réédité en French).

 

Je vous invite aussi à relire l’article “Kaizen, effet Kiss Cool garanti”, mais aussi celui passé un peu trop inaperçu sur “Le pseudo winner”.

 

 

Kaizen, quantité négligeable trop souvent négligée !

 

C’était l’objet de l’article “Le pseudo winner ».

Les gains du Kaizen sont trop souvent perçus comme

quantité négligeable pour être intéressants !

 

Et pourtant … si vous saviez …

 

Nous, occidentaux, et plus spécifiquement, nous, Français, ce qui nous “fait kiffer”, c’est la rupture technologique.

En un mot, un bon gros changement, bien lourd et bien radical. Une réimplantation d’atelier, l’achat d’une nouvelle machine qui, parait-il, va faire “papa, maman, … et le café”, un gros chantier de progrès avec toute une équipe “sur le pont”,etc., etc.

Ça, ça nous fait vibrer! C’est l’effet “Whaouuuuu”! Pourquoi ? Parce que cela se voit !

Cela nous donne le sentiment d’innover, d’avancer, d’être “des bons”.

Nota : Je viens d’apprendre la mise en redressement judiciaire d’une entreprise rachetée en 2013. Le nouveau dirigeant a commencé par investir dans une ligne très moderne et automatisée, projet pharaonique, … qui n’a jamais fonctionné et dont le coût a énormément plombé le résultat. J’appelle cela un manque total de lucidité … et d’humilité. Quel gâchis !

A contrario, le Kaizen lui est petit, discret, invisible … et pourtant, 100 fois plus puissant !

 

 

La preuve par l’exemple

 

Comparons deux approches :

L’une concerne un chantier de progrès sur un procédé ou processus, l’autre est le Kaizen.

 

Approche chantier de progrès :

Une équipe d’un atelier est réunie pendant deux ou trois jours dans le but d’améliorer un procédé de fabrication ou un processus / flux de production. L’équipe trouve des Mudas (gaspillages) et met en œuvre des contremesures. Elle parvient “à gratter” une heure par journée de travail. Super ! Génial ! Bravo les gars, très beau boulot !

C’est une belle rupture. Certes, avant d’être stable, il faudra quelques jours / semaines afin que tous les opérateurs concernés s’adaptent à cette nouvelle façon de faire, ce nouveau standard. Mais une fois passée cette étape, on gagne une heure tous les jours !!!

Le boss est aux anges, c’est fantastique !

 

Approche Kaizen :

Là, le boss qui sait combien il est difficile de faire progresser son équipe (25 personnes), décide de faire ce qu’a fait Paul Akers dans sa boite.

Il a demandé à tout le personnel de trouver une amélioration de seulement 2 secondes; mais une amélioration de 2 secondes … tous les jours … et tout le monde (lui compris) !

 

 

Les chiffres

 

Approche chantier de progrès :

Chaque jour, l’entreprise gagne 1 heure. En un an, 52 semaines de 5 jours, soit 260 jours, elle a gagné 260 heures. Pas mal !

 

Approche Kaizen :

Entreprise de 25 personnes, Kaizen tous les jours de 2 secondes par personne, soit un gain de 50 secondes / jour.

À la fin du 1er jour, l’entreprise a gagné : 25 X 2 s = 50 secondes (Gain J1 = GJ1)

À la fin du 2nd jour, l’entreprise a gagné : Le gain de la veille GJ1 + le gain GJ1 qu’elle regagne en J2 + le nouveau gain de J2, GJ2, soit : GJ1 + GJ1 + GJ2 = 50 s + 50 s + 50 s= 150 secondes = GTJ2 (Gain Total J2)

À la fin du 3ème jour, l’entreprise a gagné : ce qu’elle a gagné les jours précédents GTJ2 + GJ1 + GJ2 + le nouveau gain GJ3, soit : GJ1 + GJ2 + GJ3 + GTJ2 = 50 s + 50 s + 50 s + 150 s = 300 secondes

Sauf erreur de ma part, c’est une suite arithmétique d’expression : GTJn = n *50 + GTJn-1

 

Pour 7 jours on obtient le tableau suivant :

Tableau gain Kaizen 7j

 

Bilan à 7 jours :

Après 7 jours, l’entreprise qui a fait le “gros chantier” a gagné 7 heures. C’est cool. L’entreprise qui a adopté le Kaizen a gagné 1400 sec0ndes, soit 23 minutes et 20 secondes. Pas génial “ton Kaizen”, me direz vous !

Voyons plus loin …

 

Bilan à 260 jours (52 semaines de 5 jours, soit un an) :

Après 260 jours, l’entreprise qui a fait le “gros chantier” a gagné 260 heures. C’est cool. L’entreprise qui a adopté le Kaizen a gagné 1 696 500 secondes, soit 471 heures et 15 minutes.

Alors, il est comment “mon Kaizen” maintenant ?!!! Toujours pas génial ?!!!

Sur un an le rapport est : 471,25 / 260 = 1,81

 

Voici une comparaison graphique sur une année :

 

Graphique Kaizen Chantier 1 an

 

 

Avocat du diable

L’avocat du diable

 

Je me fais l’avocat du diable.

Je vous entends d’ici me dire : “D’accord Eric, ta démo fonctionne avec un chantier de progrès, mais dans la réalité, l’entreprise va en faire plusieurs dans l’année”.

OK, j’entends. Voici ce que je réponds :

L’entreprise va certes faire plusieurs chantiers sur une année, mais elle n’en fera pas un toutes les semaines. Pour une boite de 25 personnes, supposons qu’elle fasse un chantier tous les deux mois (environ tous les 43 jours).

Cela fait 6 chantiers par an.

Admettons aussi qu’à chaque chantier elle gagne une heure (ce qui est déjà un résultat important, car, dans la réalité, il faut la trouver cette heure …).

Admettons enfin que, chaque chantier ne nécessite pas d’étape d’adaptation au nouveau standard et permet de gagner une heure dès la fin du chantier.

Vous remarquerez que cela fait déjà pas mal de “Admettons” …

 

Je veux bien me faire l’avocat du diable, mais alors, que ce soit dans les deux sens !

 

Ne plus faire un Kaizen de 2 s tous les jours, mais en faire un de 12 s n’est pas une hypothèse ridicule. En effet, un jour vous ferez un Kaizen de deux secondes seulement, mais peut-être le lendemain, en ferez-vous un d’une minute …

Un Kaizen de 12 s/jour/personne représente un gain de 5 min/jour pour une entreprise de 25 personnes.

Tous les jours, l’entreprise gagne 5 minutes en performance (elle produit la même richesse que la veille, mais en 5 minutes de moins).

 

Bilan sur un an :

Gain de l’approche Chantier : (43 X 1) + (43 X 2) + (43 X3) + (43 X 4) + (43 X 5) + (45 X 6) = 915 h / an

Gain de l’approche Kaizen : 10 179 000 s soit 2 827 heures et 30 minutes

Sur un an le rapport est : 2 827,50 / 915 = 3,09

 

Comme on dit :

 

Y a pas photo !

 

Ce qu’il faut retenir

 

  • Contrairement au Kaizen, un chantier est une rupture / une innovation / un changement important.
    Il nécessite une période d’adaptation.
    Durant cette période, il arrive bien souvent que du temps soit perdu. En effet, l’opérateur / utilisateur a perdu ses repères et doit s’en faire d’autres avec le nouveau standard issu du chantier.

Pour le Kaizen, comme c’est l’opérateur lui-même qui l’a mis en œuvre, et que celui-ci est très proche de l’ancien standard (nouveau std = ancien std – 2 secondes), il s’y habituera quasi instantanément.

Avec le Kaizen, plus vraiment besoin de phase d’adaptation et gain immédiat.

 

  • Le Kaizen, à force d’être pratiqué, devient lui-même une habitude. Mieux que cela … une seconde nature.
    Et ce qui est naturel … ne demande plus d’effort !

Le changement perpétuel devient la norme. C’est l’amélioration continue !!!

 

  • Pratiquer le Kaizen est préférable aux chantiers de progrès.
    Mais le mieux … c’est encore de faire les deux !!!

Kaizen et chantiers de progrès ne sont pas opposables, mais complémentaires.

 

  • Il y a encore bien d’autres choses à dire sur la puissance du Kaizen ….
    J’attends vos commentaires … 😉

 

 

 

 

Et vous, pensez-vous que le Kaizen soit quantité négligeable ?

 

 

 

 

 

Taggé , , , .Mettre en favori le Permaliens.

2 réponses à Time is Money, Kaizen aussi

  1. Gyselinck dit :

    Bonjour Eric,

    Chantier et kaizen sont effectivement complémentaires mais le kaizen en tant que tel est finalement peu utilisé alors qu’il possède beaucoup d’avantages. Notamment comme tu le cites de part sa nature, pas de résistance au changement donc pas de phase d’adaptation (notamment à un changement un peu radical de standard difficile à appréhender parfois). Je dirais qu’on part plus facilement sur un chantier car en général les PME ne chiffrent pas assez ce qui se passe sur le terrain. Si on chiffrait un peu plus, on se poserait certainement plus la question de l’amélioration au quotidien (et donc de l’élimination des gaspillages) et pas seulement quand on détecte un problème ou que l’on veut améliorer la productivité par exemple. Bon, ben je crois que je investir dans le bouquin que tu cites… Et toujours ne pas oublier que l’on peut appliquer ce formidable outil aussi à la maison ;-). A bientôt. Fred.


    • Salut Fred,

      je te remercie pour ton commentaire.

      Tu mets le doigt sur quelque chose de fondamental. Les entreprises sous-estiment toujours le coût du Muri, Mura et Muda.
      Il faut dire qu’il n’est pas toujours simple de le calculer ou le relever.

      C’est le problème qu’ont les financiers. Un muda qui ne se fait pas n’est pas représenté par une ligne de gain dans la comptabilité.
      Par contre, un muda qui arrive peut se chiffrer assez facilement. Mais toujours à postériori.

      C’est souvent au bout d’un an ou deux que l’on constate une amélioration globale en comptabilité.

      Et bien souvent, dans ce cas, je m’entends dire : « Bon ok, le Lean y est certainement pour quelque-chose, mais pas seulement. Il y a eu aussi tel ou tel projet qui a apporté des gains, etc.etc. ».

      Par contre, ce qu’ils oublient souvent de dire, c’est que sans le changement d’état d’esprit diffusé par le Lean, ces projets n’auraient pas été si efficaces, ou même, n’auraient tout simplement pas vu le jour…

      Quant au Kaizen à la maison … c’est un des meilleurs terrains car il nous touche directement.

      A bientôt, Fred.

      Eric

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *