Le Spaghetti de la mort

Nostalgie des films d’épouvante des années 50 …

 

Spaghetti Monster

 

Ce monstre en Spaghetti me rappelle les vieux films d’épouvante des années 50, avec des monstres en carton-pâte et de jolies nymphes hurlantes …

face-grin

 

Ça me fait rigoler !!!

 

 

 

Mais ce n’est pas pour vous parler de mes goûts cinématographiques douteux que je fais cet article… 😉

Non il fait suite à mon article précédent Spaghetti: Hummm, j’adore

 

Je vous propose un bel exemple de terrain, qui vient d’une vraie entreprise avec de vrais chiffres

 

Le contexte, le besoin … le Lean

 

 

Nous allons voir un diagramme Spaghetti réalisé il y a quelques semaines au sein d’une PME qui répare et reconditionne des produits.

L’entreprise est en pleine croissance et le dirigeant fait face à un dilemme. Il refuse du travail, car il ne peut l’honorer et ne veut plus embaucher pour ne pas atteindre le seuil des “50” salariés.

En un mot comme en cent, il souhaite faire des gains de productivité pour pouvoir faire “plus et mieux avec autant” (autant de salariés).

 

Quel beau terrain pour le Lean, NON ?

 

Après une rapide observation du Gemba (le terrain, l’endroit où se fait la valeur ajoutée), j’ai remarqué que les réparateurs se déplaçaient beaucoup…

Pour “fixer les choses” et discuter sur des faits et des chiffres, j’ai proposé au responsable d’atelier de faire ensemble un diagramme Spaghetti.

Bien m’en a pris !!!

Pour cela, nous avons observé l’opérateur pendant la réparation de 23 produits .

 

J’ai vu pire, mais “çuilà”, il est quand même bien beau

 

Depuis le temps que je vous en parle, le voici :

Spaghetti rep atelier 1

 

Voici les chiffres :

  • Durant la réparation de 23 produits, l’opérateur a effectué un parcours de 386 mètres. Sa zone d’évolution fait approximativement 37 m². Sa zone de travail fait moins de 4 m².
  • Ramené au produit, cela correspond à 16,8 m par produit.
  • Rapporté au nombre de produits qu’il traite par jour, cela fait 5 km par jour.
  • Rapporté à l’année, l’opérateur se déplace …….. 1 225 km par an !!!

 

Oui, oui, vous avez bien lu !!!

 

1 225 km par an pour un seul opérateur !!!

 

 

Mais prenons un peu de recul

 

  • L’opérateur se déplace 1 225 km/an … mais pas “à vide” ! Il se déplace 1 225 km/an avec le produit sur les bras (de quelques kg à une dizaine de kg).
    Cela en fait, des tonnes à l’année (approximativement 400 tonnes/an).
    Vous comprenez pourquoi en fin de journée il est “crevé” … et qu’au bout de vingt ans il développe une maladie professionnelle.

 

  • Si je compte qu’un opérateur chargé se déplace à environ 3 km/h, chaque année, l’opérateur effectue
    408 h de déplacement avec le produit dans les bras. Ramené au temps de travail annualisé …

il passe 22 % de son temps à “marcher”!!!.

 

  • Il y a dix postes similaires dans l’entreprise. Ils travaillent tous dans les mêmes conditions et de la même manière. Le patron de la boite paie donc deux opérateurs à temps plein à se “balader”.

 

Et pour couronner le tout…

 

Le patron pressent bien que ses gars se déplacent beaucoup.

Nous avons évoqué ce problème avec un des cadres de direction, voici les chiffres qui sont ressortis.
Le cadre estimait que chaque gars devait se déplacer entre 30 et 40 km par an. Le patron lui a répondu, “Tu te trompes, c’est plus que ça. Moi je pense que c’est bien de 70 à 80 km par an”.

Lorsque nous leur avons donné le chiffre, par politesse ils n’ont pas osé nous contredire (d’autant que j’avais fait le Spaghetti en présence du responsable d’atelier), mais ils ont vraiment eu du mal à nous croire tellement leur supposition était … éloignée de la réalité.

 

Lorsqu’on vous dit que vous ne connaissez pas bien vos propres process, vous nous prenez pour de gentils hurluberlus … mais nous ne sommes pas si loin de la vérité.

 

Alors vous aussi, peut-être pensez-vous que…

… j’exagère, que j’en rajoute, pour amplifier, dramatiser et “faire mon petit effet”.

 

Mais ce que vous ne savez pas, c’est que notre Spaghetti ne tient pas compte des déplacements effectués par les opérateurs pour :

  • Déplacer leur bac à déchets deux fois par jour
  • Approvisionner leur poste en composants, à savoir traverser tout l’atelier (60 mètres en moyenne pour un aller) et ce, plusieurs fois par jour

 

Croyez-vous toujours que j’ai exagéré ?

(et puis je suis Toulousain,… pas Marseillais) 😉

 

 

 

Et chez vous, combien payez-vous de gars à se “balader” toute l’année ? 😉

 

 

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4 réponses à Le Spaghetti de la mort

  1. Emmanuel dit :

    Tu peux aussi essayer la preuve par le podomètre : http://www.decathlon.fr/podometre-onstep-50-id_8289244.html

    A l’hôpital chaque infirmière fait plus de 5km par nuit, et pendant qu’elle marche, elle ne soigne pas ! Difficile la piqûre dans les fesses en marchant…

    • Eric dit :

      Bonjour Emmanuel,

      je te remercie pour ton commentaire.

      Difficile, effectivement, de faire un piqûre ou tout autre soin en marchant.

      Je suis convaincu que le Lean Healthcare à de beaux jour devant lui. Il n’y a qu’a voir l’ampleur du mouvement aux US et chez nos voisins grands bretons. Il est vrai aussi que, chez les Anglo-saxons, l’hôpital est déjà depuis longtemps perçu comme une entreprise.

      Il reste du chemin à faire en France . A suivre l’introduction du Lean à l’hôpital de Grenoble …

      A bientôt,

      Eric

  2. Nazif dit :

    bonjour mr Eric, merci pour vos articles très intéressants. concernant le diagramme de spaghetti, J’ai réalisé un diagramme de spaghetti d’une zone de soudage a l’aide du plan de la zone,je voudrais savoir comment estimer le deplacement des operateurs ou des produits?,ya t’il un moyen pour estimer les pas en terme de temps?


    • Bonjour Nazif,

      je vous remercie pour votre commentaire.

      Je pensais que la lecture de l’article était suffisante pour comprendre comment calculer le déplacement de l’opérateur.

      Chaque fois que l’opérateur fait un nouveau trajet dans la zone, on trace ce trajet et on met un tiret sur le trajet. Par la suite,
      chaque fois que ce trajet est emprunté (dans un sens ou dans un autre), on ajoute un tiret sur le trajet. A la fin, on mesure
      (en pas en disant un pas = un mètre) chaque trajet et on multiplie la distance obtenue par le nombre de tirets sur le trajet.

      Ce qui est important c’est l’ordre de grandeur (10 km/an, 100 km/an ou 1 000 km/an), pas le calcul de la distance au centimètre près.

      Si vous voulez faire l’exercice pour une pièce donnée, alors vous ne prenez en compte que les trajets de cette pièce.

      Une fois la distance obtenue, sachant qu’un homme marche en moyenne entre 2,5et 4 km/h, vous divisez la distance par la vitesse
      (par exemple 3 km/h) et vous obtenez le nombre d’heures dépensées par an dans ces déplacements.

      J’espère avoir répondu à vos questions.

      Bien cordialement,

      Eric

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