Le Lean n’est pas le monde des Bisounours

Stop à cette vision angélique du Lean

 

Bisounours

 

 

De quoi parle-t-on par “vision angélique du Lean” ?

 

Comme tout bon consultant qui essaie toujours de s’améliorer, je lis régulièrement les articles de mes confrères.

 

Certains sont bons … d’autres moins.

 

 

 

Certains articles me font réfléchir (ça, c’est bien), certains autres me font me remettre en cause (ça, c’est encore mieux), mais certains me font réagir (et ça, généralement, ce n’est pas terrible).

Lorsque je dis qu’ils me font réagir, c’est qu’ils …

 

… m’énervent !!!

 

Mais pourquoi une telle réaction de ma part ?

 

 

C’est simple. Ce qui m’énerve, c’est que les auteurs de ces articles, souvent des consultants comme moi, me donnent l’impression de faire “un Lean de Salon”.

Mais si, vous savez, le Lean de Salon, c’est le Lean expliqué à des patrons qui n’y connaissent rien lors d’un cocktail faisant suite à une conférence …

Très souvent, un “expert du sujet” vous “récite” le Lean orthodoxe tel que diffusé par le LEI, l’Institut Lean France et les livres de Michael Ballé (très bons livres que je vous incite à lire).

 

Littéralement, le discours est bon et propre … mais ce qui me gonfle, c’est que le “Lean de Salon” est porté par un gars dont on dirait qu’il n’a plus mis les pieds dans un atelier ni parlé avec un opérateur depuis …

 

Très souvent, c’est une vision angélique du Lean !

 

Cela se sent, cela s’entend, le “Lean de Salon” sonne creux face au “Lean de Terrain” !

 

Nota : Le “Lean de Terrain” n’existe pas. Soit c’est du Lean et il est forcément de terrain, soit c’est du Canada Lean.

 

 

Ange

La vision angélique du Lean

 

La vision angélique du Lean est celle qui consiste à représenter un “mauvais management” qui n’écouterait pas ses “bons ouvriers”. Cette vision me paraît un peu simpliste … un peu “Bisounours”.

En effet, elle porte en elle l’idée du manager/patron autoritaire et paternaliste qui n’écouterait pas ses opérateurs, avec un vieux relent de lutte des classes et de “guéguerre col bleu, col blanc

Nota : Je n’ai pas moi non plus une image angélique de l’entreprise et je sais que la guerre col bleu col blanc est encore une réalité dans certaines d’entre-elles.

 

J’ai encore lu récemment cette citation :

Ceux qui savent sont ceux qui font

 

Je comprends et j’adhère même à l’idée. Mais Bon Dieu, descendez dans un atelier et vous verrez tout de suite ce que je veux dire ! Ceux qui font ne savent pas !

 

Plutôt que de dire “ceux qui savent sont ceux qui font”, je préfère dire “ceux qui font sont les mieux placés pour savoir

 

 

Le tournevis et la truelle

 

Prenez une personne normale, placez là à un poste d’assemblage dans lequel il faut assembler deux éléments par vissage.

Donnez-lui une truelle (langue de chat) pour le faire.

Truelle

Faites-lui faire le même travail pendant 20 ans … et venez lui demander subitement “qu’est-ce qu’il lui faudrait pour améliorer son poste ?”

Croyez-vous sincèrement qu’elle va vous demander un …

tournevis

 

Non !

 

Elle vous demandera de lui remplacer sa truelle usée !

 

 

Pourquoi le Lean n’est pas le monde des Bisounours

 

Oui, il faut aller au Gemba (terrain) ! Oui, ce sont les opérateurs qui connaissent le mieux leur poste, puisqu’ils le pratiquent tous les jours ! Oui, ils sont les mieux placés pour savoir si telle ou telle amélioration est bonne ou pas !

Et oui, ils seront les plus aptes à proposer des améliorations !

Mais pour cela …

 

… il faut les “éduquer”, les “préparer”, leur “apprendre à voir”

 

Aller les voir et simplement leur demander … ne suffit pas !

 

Pour l’avoir vécu de nombreuses fois, vous risquez d’obtenir la réponse :

Moi, ça va. J’ai tout ce qu’il me faut.

 

 

Quel est la cause de ce problème ?

 

La cause de ce problème est aussi ce qui fait la force de l’humain.

 

Sa capacité d’adaptation à son environnement !

 

L’être humain à une capacité d’adaptation phénoménale. Il peut prendre l’habitude de travailler et de fonctionner dans des situations totalement improbables.

 

Mais nous le savons tous. La capacité d’adaptation mène à l’habitude. L’habitude mène aussi …

 

… à la résilience et au frein au changement !

 

 

Comment faire ?

 

Comment faire alors pour pouvoir bénéficier de cette force qu’est la capacité d’adaptation de l’homme, sans être bloqué par le frein au changement généré par les habitudes ?

Franchement ? Je n’ai pas de réponse toute prête, pas de méthode infaillible … pardonnez-moi de n’être qu’un Padawan du Lean et du management Lean.

 

Toutefois, par expérience, les entreprises qui prennent le mieux le “train du Lean”, sont celles dont :

 

  • La direction a une forte motivation, mais aussi un fort engagement.
    Le Lean, ces patrons y croient vraiment. Pas par effet de mode, ou parce que les copains en font.
  • La direction a imposé … d’essayer. Les dirigeants qui ont laissé faire sans brusquer leur équipe ont tous vu leur projet de démarche Lean faire un Flop.
    Au contraire, ceux qui ont “tapé du poing” (façon de parler) ont réussi à obtenir des résultats sur lesquels s’appuyer pour convaincre et diffuser un changement de paradigme et de culture.
  • Le management a fait preuve de discernement en “poussant” quand il le fallait, en ralentissant voire parfois en reculant (tout le monde peut se tromper … et apprendre de ses erreurs) quand cela était nécessaire, mais toujours en finissant par “passer le relais” pour développer l’autonomie chez les collaborateurs.

 

 

Ce qu’il faut retenir

 

Jean-Francois Zobrist, est l’ancien directeur de l’entreprise FAVI.

Il est aujourd’hui communément reconnu que FAVI est la première entreprise libérée de France.

Lors de ses conférences, M. Zobrist (pour info, ancien militaire de carrière) déclare :

Un lundi matin, j’ai réuni tous mes cadres et leur ai dit : Les réunions, c’est fini !

 

Il ne leur a pas demandé leur avis.

 

Ce faisant, il a impulsé une dynamique.

Il n’hésite pas non plus à raconter comment il a licencié un technicien méthode qui n’adhérait pas au nouveau système de management et surtout, au nouvel état d’esprit qui accompagnait ce changement.

 

Comme évoqué dans le paragraphe précédant, dans bien des cas la transformation Lean d’une entreprise passe par des étapes et des transitions … pas toujours très démocratiques, mais néanmoins nécessaires.

 

C’est une réalité. Et je trouve même que c’est logique, normal et justifié tant que cela se fait dans …

 

le respect sincère des individus !

 

 

Mais une chose est sûre. Sur le Gemba …

 

… une transformation Lean,

 

ce n’est pas le monde des bisounours !!!

 

Grosbisou

 

 

 

Et vous, dans votre boite c’est plutôt “Lean de Salon” ou vrai Lean ?

 

 

 

 

 

2 Commentaires


  1. Rien de tel que le Gemba walk pour relever les gaspillages quand on a « appris à voir » comme on dit.

    Je suis d’accord avec le fait que l’opérateur est l’expert de son poste de travail et qu’il est le mieux placer pour l’améliorer.

    Mon seul petit bémol c’est que souvent ça fait 20 ans qu’il travaille de la même manière et qu’il ne voit plus les problèmes (Sécurité, Qualité, Productivité…).

    L’idéal pour moi c’est d’impliquer les opérateurs et de les accompagner dans le changement de culture. Regarder, Poser des questions et faire soi même pour tester.


    • Bonjour Simon,

      je vous remercie pour votre commentaire.

      Vous résumez en quelques phrases tout mon article. Le syndrome de la truelle et du tournevis, c’est le fait de ne plus voir les problèmes auxquels nous sommes confrontés quotidiennement, car au bout de 20 ans nous les avons intégrés et trouvons cela normal.

      Aussi les bonnes âmes qui disent “il faut aller demander aux opérateurs”, c’est bien gentil, mais ils ne l’ont certainement jamais fait eux-mêmes …
      Je trouve que ces bonnes âmes font preuve d’angélisme …

      Un peu comme les écologistes allemands qui ont réussi à faire arrêter les centrales nucléaires dans leur pays après Fukushima. Certes, ils ne produisent plus d’électricité à l’aide du nucléaire, mais ils ont relancé les centrales à charbon !!! Par ailleurs, le déficit électrique dû à l’arrêt des centrales allemandes est en partie compensé par l’achat d’électricité à la France … France qui produit son électricité par du nucléaire.

      Le monde des Bisounours …

      Merci encore pour votre participation.

      Cordialement,

      Eric

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